Observations

Nous avons démontré, dans nos réunions et nos publications l’incompatibilité de la civilisation avec la liberté; c’est-à-dire de la vie artificielle avec la santé, la virilité, l’indépendance:

Que nous voulons suivre l’impulsion de la nature, qui nous donnera à profusion, ce que nous n’arrivons pas à obtenir, au détriment de notre bien-être, dans les calculs les plus compliqués et des combinaisons poussées à l’infini; et, c’est en combattant cette impulsion que nous nous sommes encombrés de défauts, de maladies qui nécessitent les crimes et les gibbets, les repressions sanglantes, les épidémies, etc.

Qu’il ne peut y avoir de collectivité sans préjudice pour la liberté et le caprice qui sont la raison d’être de la nature.

Que toute organisation demande une direction, c’est-à-dire une autorité et par conséquent un despotisme.

Que tout est nécessaire dans la nature, et que le progrès qui consiste à y supprimer quelque chose n’est qu’une mutilation désastreuse.

« Qu’il soit dit encore une fois, qu’il n’est pas question d’état primitif, ni d’état sauvage. – Nous n’avons qu’une nature délabrée et appauvrie par vingt siècles de civilisation, qui ne permet pas de vivre au premier état, et nous tenons assez compte de l’intelligence humaine pour ne pas nous arrêter au second, qui n’est qu’une variante de la civilisation:

Nous ne croyons pas tomber dans l’un ou dans l’autre, en voulant nous mettre à même d’utiliser toutes nos facultés, sans lois, sans organisation, puisque tout cet attirail de civilisation n’a été imaginé que pour nous contraindre à abandonner nos penchants naturels.

Nous savons que l’individu actuel ne peut être mis en contact direct avec la rudesse des éléments; son tempérament grêle, faible, malsain, n’ayant plus rien de commun avec la musculature des primitifs.

Bon nombre d’adeptes ont surgi, mais nous ne les trouvons pas parmi les libertaires les plus terribles, et c’est bien là une conséquence de la civilisation; ce n’est pas de la haine des situations que doit naître le bonheur universel; il y en a qui comptent sur le progrès futur, ou, en pressant sur un bouton, des machines extrairont la houille, la pierre, balayeront les rues, débarderont; il y aura la machine-médecin, machine-restaurant, la machine à calmer les esprits (celle-là nous y croyons).

D’autres sont en dehors, sans s’apercevoir que pour qu’ils y restent, il en faudra toujours assez en dedans qui n’ont rien à attendre du progrès qu’ils produiront; qu’à être écrasés, laminés déchiquetés brûlés, assommés, étouffés, nécrosés… et dont la mauvaise digestion d’une patron ou d’un directeur restera, opur eux et leurs familles, une question de vie ou de mort.

Mais beaucoup, disons-nous, approuvent nos théories et sont enfin persuadés que les révolutions les plus quatre-vingt-treizeuses n’intervertiraient que quelques rôles, sans rien changer à la situation générale.

Mais, même parmi nos partisans les plus convaincus, il s’en trouve qui n’admettent que péniblement la mise en pratique immédiate.

Sortir de la routine, est pour eux l’inconnu dans tout son horreur, et comme notre intelligence arrachée à la nature dès le premier instinct, ne peut rien concevoir que par tradition, émulation, préjugés, ils croient attendre que la « mode » en soit venue.

Pourtant, les évènements actuels font prévoir que la vieille Europe doit succomber par la famine, pour peu que l’Amérique lui refuse la pâtée et que les colonies conservent leurs produits, alimentaires pour elles, mais pas pour nous.

Et tout notre projet révolutionnaire consiste à … Abandonner la culture des plantes d’importation et pour la production desquelles il a fallu déboiser notre sol, et retourner la terre pour leur créer une température analogue à leur climat d’origine;

Remettre au premier plan pour leur émancipation, les plantes indigènes, arbres, arbustes, tubercules: dont la destruction constante les a relégués dans les bois, les haies, les massifs broussailleux, les friches, et dont nous avons constaté l’économie substantielle, – tout en leur laissant le caprice établi par la nature, sans retomber dans la culture…

On conviendra que les plantes ou fruits poussés au rapport commercial par la taille des branches, le sarclage, le labour, l’engrais, l’échenillage etc., sont beaucoup moins riches en principes nutritifs; qu’ils n’atteignent jamais une maturité réelle sans se gâter; qu’ils ne se conservent pas naturellement.

La durée de ces végétaux est très courte; étant à la merci de la maladie, la gelée, la sécheresse, la grêle, il y a les bonnes années et les mauvaises.

Il serait avsurde de croire, que l’arbre laissé libre, envahirait la plaine ou le coteau au détriment de la plante.

La forêt n’est qu’une chose artificielle car c’est le taillis qui a fait la forêt, et malgré qu’actuellement il n’existe aucun endroit boisé, qui n’ai été taillé plus ou moins récemment, il est facile de démontrer que des arbres respectés ne forment point « bois » et par l’élévation de leur branchage, laissent affluer suffisamment d’air et de lumière pour certains végétaux qui sont sous leur protection.

(A suivre.)

Constatations

La grande auxiliaire des hommes de guerre est la Science, et les savants qui semblent, dans leur cabinet, se livrer à une œuvre de paix, sont en réalité, les Artisans de la guerre.

« La Patrie » (1ère page, 5e colonne, 19 mai 1898).

K. Moris.